Pierre de Gigord
Tout a commencé au milieu des années 1960, lorsque jeune diplômé des Arts décoratifs, je suis allé en Inde, par l’Orient-Express brinquebalant, puis en auto-stop. Durant ce voyage, qui allait en inaugurer beaucoup d’autres, Istanbul a été une escale décisive qui m’a amené à devenir styliste, en ouvrant une première boutique à partir de tissus rapportés d’Inde et de Turquie. Le succès, immédiat, m’a conduit à créer la société de prêt-à-porter, Anastasia, en 1969, que j’ai quittée en 1987.
Après être tombé en admiration devant une peinture de Sainte-Sophie de Ziem, aux puces de Clignancourt, j’ai d’abord collectionné des tableaux orientalistes. Puis, j’ai découvert la carte postale, domaine délaissé, jugé sans grand intérêt ni valeur marchande, qui fourmille pourtant d’informations : événements, scènes de la vie quotidienne des diverses communautés religieuses et ethniques qui constituaient l’Empire ottoman, non enregistrés par les studios, ou délaissés par ces derniers.
Des cartes postales aux pionniers européens de la photographie, puis aux premiers grands studios locaux, le pas a été vite franchi. À la valeur documentaire venait s’ajouter la dimension artistique de splendides épreuves et d’albums réalisés à la demande de commanditaires : palais impérial, diplomates, voyageurs érudits.
J’ai une certaine nostalgie de cette période, d’avant Internet et des ventes en ligne, quand les acquisitions se faisaient au cours de voyages et de rencontres, un peu au hasard, au gré de discussions, d’affinités et de liens tissés. Istanbul recelait alors de nombreuses échoppes de bouquinistes et de brocanteurs dont l’antre et le bric-à-brac pouvaient receler d’authentiques trésors.
En 1994, j’ai dû vendre à Getty 6 000 photographies, de 1853 à début de la République turque, collection dans laquelle plus de 165 photographes étaient représentés. Ce faisant, j’étais assuré que l’ensemble allait être inventorié, numérisé et accessible aux chercheurs, ce que le musée a fait remarquablement. Getty ne s’intéressant pas aux cartes postales, ni aux plaques de verre, celles-ci sont restées en ma possession.
À partir de 1999, et durant une dizaine d’années, je me suis consacrée à des boutiques d’accessoires et de bijoux ethniques, Diwali, période au terme de laquelle j’ai reconstitué un fonds photographique, veillant à ne pas racheter ce qui se trouve au centre de recherche Getty. À l’heure actuelle, cette seconde collection dépasse largement la précédente, en qualité et en variété, avec 185 albums, plus de 750 signatures de photographes et de studios.
Ce site a pour objectif de la mettre en lumière.
Il répond aussi à mes préoccupations quant à l’avenir et à la pérennité de cette collection.
Il est une invitation à toute institution susceptible d’être intéressée par son acquisition, sa mise en valeur et sa diffusion à me contacter.
Ma priorité, y compris sous forme de donation, est que ces archives visuelles continuent à vivre sous forme de livres, d’expositions, de films, qu’elles soient accessibles aux personnes d’horizons divers, comme telle a toujours été sa vocation.
