La Collection

PRESENTATION DE LA COLLECTION

La collection Pierre de Gigord, couvre plus de huit décennies : de 1843, avec deux daguerréotypes de Girault de Prangey, au début de la République turque, dans les années 1920.

Ces archives visuelles sont essentiellement consacrées aux provinces situées dans les frontières de l’actuelle Turquie, mais elles s’étendent aussi à l’Europe (Thrace orientale, Balkans, Macédoine, Grèce indépendante et ottomane, îles comprises, Crète, Chypre), au Moyen-Orient (Irak, Syrie, Liban, Palestine), et sur le continent africain (Lybie et Égypte).

La collection rassemble 750 signatures de photographes et de studios, dont les deux-tiers dans les frontières de l’Empire ottoman.

Cette collection se distingue par la richesse des thématiques :

  • La diversité ethnique et religieuse la plus représentée (en extérieur comme en studio).
  • Les différentes professions, notamment les petits métiers (souvent le monopole de groupes religieux et ethniques) ainsi que les derviches (authentiques ou pseudos).
  • Les écoles, ottomanes, mais plus encore communautaires (grecques, arméniennes, juives) et étrangères (les Françaises arrivant en tête) ; les missionnaires (hôpitaux, écoles et orphelinats) à travers l’Empire.
  • Les édifices et les monuments, les sites archéologiques.
  • Les personnalités, ottomanes comme étrangères.
  • Les moyens de transport, maritimes et ferroviaires.
  • L’armée (ottomane et des grandes puissances européennes) et les conflits (de la guerre de Crimée à l’occupation alliée d’Istanbul, puis, de l’incendie de Smyrne à l’échange obligatoire de populations, en 1924, tous les événements représentés).

RUBRIQUE 1

Premiers photographes étrangers

Sélection

Joseph-Philibert Girault de Prangey, deux daguerréotypes de 1843.

La mosquée verte, Brousse.

Alfred-Nicolas NORMAND, 10 épreuves sur papier albuminé, vues de monuments d’Athènes et de Constantinople, 1851.

Le portique de Minerve, Athènes.

Alphonse DURAND, 3 épreuves pour papier salé, notamment une des premières vues panoramiques de la Corne d’Or, 1852.

Mosquée Süleymaniye.

Antonio SCHRANZ, 11 épreuves, dont certaines aquarellées, réalisées à Constantinople et au Caire, 1848-1857.

Palais de Bélisaire.

Henri de FERRON de l’ECHAPT, 21 épreuves sur papier albuminé d’Athènes, Constantinople, Égypte, Baalbek et Jérusalem, 1854.

Kiosque de Tophane.

Pierre TRÉMAUX, 4 épreuves sur papier salé d’une expédition archéologique en Asie Mineure et 67 lithophotographies de monuments et sites, 1853-1863.

Mur de Byzance et « maison de Justinien ».

Audéric de MOUSTIER, 19 épreuves sur papier albuminé, notamment de sites archéologiques en Bithynie, Phrygie, Lydie et Ionie, 1862.

Bas-relief hittite de Karabel.

Louis VIGNES, 4 vues de Marmaris, parmi les toutes premières (1861), et 30 épreuves réalisées en 1863 lors de l’expédition du duc de Luynes (Pétra, Al-Karak, Palmyre, Beyrouth).

Palmyre.

Alexandre SVOBODA, 2 lots qui rassemblent 91 épreuves sur papier albuminé de paysages, monuments, sites archéologiques d’Asie Mineure, vers 1865.

Aqueduc d’Éphèse.

Pietro LUCHINI, 3 épreuves sur papier salé, vers 1855-1860, et l’album Vues de Constantinople et du Bosphore, constitué de 35 calotypes signés à l’encre. Aucune autre photographie de ce peintre n’est connue à ce jour.

Bosphore, guérite de pêcheurs.

Francis BEDFORD, Voyage du prince de Galles en Orient, 1864.

Portfolio de 76 épreuves de Bedford, chargé par la reine Victoria d’accompagner le prince de Galles lors de son voyage en Palestine, au Liban et en Syrie (notamment à Damas avec vue des quartiers chrétiens dévastés et un portrait d’Abdel Kader).

Dôme du Rocher, Jérusalem.

RUBRIQUE 2

Photographes résidants à Constantinople

Le Français Ernest de CARANZA, ingénieur et chimiste de formation, avec 19 épreuves sur papier ciré de Constantinople (1852) et 16 vues du mont Athos, en majorité des négatifs (1853).

Arrivé dans la capitale ottomane en 1839, Caranza a travaillé pour la fonderie et la poudrerie impériale. Il est rentré en France en 1856 où il a exposé à la Société Française de Photographie sa méthode de virage au platine et exposé ses photographies à Bruxelles.

Rivage du Bosphore, signé et daté dans l’image – Mont Athos. Monastère de Xeropotamou, plaque négative.

Le Britannique James ROBERTSON, graveur de formation, est arrivé à Constantinople en 1841 pour travailler à la réorganisation du Trésor et de la Monnaie impériale. La collection rassemble près de 250 épreuves, dont des papiers salés réhaussés à l’aquarelle et à la gouache, ainsi que plusieurs albums, dont un ayant appartenu au duc d’Orléans (35 vues de Constantinople, dont une moitié signée Robertson & Beato, son beau-frère et associé, Felice Beato), et un autre album Robertson et Beato, Jérusalem, 1857 (19 épreuves albuminées contrecollées et légendées en français). Deux ans plus tôt, les deux hommes s’étaient rendus en Crimée, juste après la chute de Sébastopol (toutes les photographies de la guerre de Crimée sont signées J. Robertson).

Derviches dans un cimetière – Femmes turques en araba (à gauche, en arrière-plan, des officiers britanniques durant la guerre de Crimée).

RUBRIQUE 3

Premiers grands ateliers locaux

Sélection

Épreuves albuminées qui se distinguent par leur nombre et l’excellent état de conservation.

Basile (Vassilaki) KARGOPOULO ouvre un studio dans la capitale ottomane, Grande Rue de Péra, dès 1850.

Tunnel, funiculaire reliant le bas et le haut Galata à proximité duquel Kargopoulo a ouvert son studio.

Pascal SEBAH ouvre un studio à Péra en 1857, puis une succursale au Caire en 1873. Après sa mort, en 1886, son fils lui succède, associé à Polycarpe Joaillier.

Fontaine Ahmed III, 1870 (le photographe au centre).

École turque, 1890.

ABDULLAH Frères (Viguen, Kevork et Hovsep) ouvrent un atelier en 1858. En 1863, ils sont les premiers photographes officiels de sa Majesté impériale le sultan (Abdülaziz). Kevork ouvre une succursale au Caire en 1886. En 1899, dépôt de bilan du studio Abdullah Frères, racheté par Sebah & Joaillier.

Le khédive Tewfik accompagné de sa femme et de leurs deux filles à Thèbes, 1886.

Alphonse RUBELLIN s’établit à Smyrne dans les années 1870, rue Franque, et appelle son studio « Photographie parisienne ».

Rue Franque, Smyrne, où Rubellin a ouvert un studio – Vendeurs de tapis (des figurants, la pseudo « femme voilée » comprise).

Guillaume BERGGREN, d’origine suédoise, arrive à Istanbul en 1866 où il ouvre un studio à Büyükdere (village de la rive européenne du Bosphore), à l’hôtel Lapierre, fréquenté par de nombreux européens. Au début des années 1880, il emménage Grande Rue de Péra.

Bazar de Stamboul. Maison Sadullah – Une rue de Chios, après le tremblement de terre de 1881.

Garabed KRIKORIAN, ouvre le premier grand studio de Jérusalem à vocation commerciale, à l’extérieure de la porte de Jaffa, en 1885. En 1898, il est chargé de photographier Guillaume II et le cortège impérial de Constantinople à Jérusalem, puis à Beyrouth, Damas et Baalbek.

Les enfants de Nazım Pacha, gouverneur de Syrie.

Paul ZEPDJI, d’origine arménienne, a débuté comme photographe à Smyrne avant de s’installer à Salonique, durant les années 1870, où il a ouvert le premier grand studio à vocation commerciale.

Grande Rue du Vardar, où Paul Zepdji a ouvert un studio.

Boghos TARKULYAN a été formé dans l’atelier Abdullah Frères avant d’ouvrir un atelier à Pangaltı, dans les années 1880. Il emménage ensuite Grande Rue de Péra et appelle son studio Phébus.

Derviche mendiant, figurant qui a posé dans les mêmes accoutrements aux studios Abdullah Frères et Nicolas Andriomenos.

GÜLMEZ Frères (Yervant, Kirkor et Artin) ouvrent un atelier à Péra dans les années 1880. Leurs photographies, récompensées à Chicago par un prix spécial du jury, ont attiré l’attention du sultan Abdühamid qui leur permet de signer « photographes de sa Majesté Impériale le Sultan » (titre qui n’est plus réservé à un seul opérateur ou studio).

Maisons le long des murailles.

Nicolas ANDRIOMENOS, formé à la photographie par Cosmi Abdullah (frère de Viguen, Kevork et Hovsep), qui lui cède son studio de Beyazit en 1879. Dix-sept ans plus tard, Andriomenos ouvre un autre atelier Grande Rue de Péra.

Patriarcat orthodoxe œcuménique de Constantinople – Marchand de muhallebi (pudding tuc).

Mihran IRANIAN, actif à Constantinople durant les années 1890, a fait preuve d’une grande maîtrise technique et artistique.

Grande Rue de Péra, où tous les grands studios étaient installés – Sebil (fontaine publique) et derviche.

Gabriel LEKEGIAN, peintre originaire de Constantinople, devenu photographe, s’est installé au Caire en 1888. Il a consacré un portfolio à la manufacture de tabac Laurens, fondée à Alexandrie, et à sa boutique au Caire.

Extérieur de la boutique Laurens – Course hippique au Caire.

RUBRIQUE 4

Albums

Sélection

La collection rassemble 172 lots et près de 185 volumes, soit un total de 14 880 épreuves.

Sélection de 10 albums :

Pascal Sebah, Souvenir de Constantinople, 1869-1870.

Album offert au duc d’Audriffret Pasquier et réalisé en l’honneur de la visite de l’impératrice Eugénie.

Abdullah Frères, Ambassade de France à Constantinople, 1871-1875.

Commande probable d’Eugène Melchior de Voguë, ambassadeur à cette période, photographié avec sa femme et des collaborateurs au palais de France et à la résidence d’été de Thérapia.

Guillaume Berggren, Régie co-intéressée des tabacs de l’Empire ottoman, 1884.

29 épreuves sur papier albuminé, légendes en ottoman et en français. Album de commande qui démontre la mise en place d’un travail industriel dans la manufacture de Constantinople (différents ateliers, ouvriers assignés à une tâche précise, hiérarchie des postes et division du travail par sexe).

Anonyme, Erinnerung an Klein-Asien, ca. 1880-1885.

22 épreuves sur papier albuminé, avec panorama de Merzifon (ville d’Anatolie à majorité arménienne) où se trouvait l’Anatolian College (vaste complexe scolaire, médical et social fondé par des missionnaires américains). Album également précieux pour ses vues de Samsun et d’Amasya.

Abdullah Frères, Fabrique impériale de tapis d’Héréké, ca. 1895.

50 épreuves avec légendes manuscrites en français. Album de commande composé sous forme de visite des lieux : du port et de la gare à l’usine, avec ses machines à vapeur et son personnel qualifié, puis les ouvriers, hommes et femmes, des chrétiennes employées aux différentes étapes de l’activité tapissière et une école musulmane des enfants des employés.

Mark Sykes, Zeïtoun et Marash, après la rébellion arménienne de 1895.

27 photographies de format divers avec légendes manuscrites de Mark Sykes, voyageur et militaire, dont le nom sera associé aux accords Sykes/Picot, en 1916. Vues de Zeïtoun (au nord de la plaine de la Cilicie, sur la chaîne du Taurus) et de ses habitants arméniens.

Anonyme, Ville et province de Bilecik, ca. 1895.

75 photographies, non légendées, dont 30 vues consacrées à la topographie des lieux : Bilecik (ville située sur la ligne ferroviaire Constantinople/Angora à partir de 1892) et 40 photographies consacrées aux populations locales et à des cérémonies.

Révérend père Gauffroy, Mossoul, 1900-1902.

51 photographies légendées au crayon, parmi lesquelles : « Jeunes filles des environs en visite » (avec des explications sur leurs costumes et parures) et « Le père Bonvoisan catéchisant de petits nestoriens ».

P. Der Ghazarian, Erzincan et ses environs.

Album offert au patriarche arménien de Constantinople, Mgr Ormanian, en 1907. 20 épreuves (portraits des membres du clergé et de responsables civils, écoles, lieux de culte et de pèlerinages), avec légendes détaillées manuscrites en arménien (traduites en français par Haïk Der Haroutiounian). Pièce unique.

Albums du comte René de Germiny.

Ensemble de 7 albums, réalisés de de 1901 à 1910, qui rassemblent plus de 600 photographies rangées et légendées. L’ensemble constitue un reportage exceptionnel et extrêmement vivant sur le quotidien des habitants de Constantinople, de Brousse, d’Andrinople, d’Anatolie et de villes de la mer Noire.

RUBRIQUE 5

Cartes de visite

Cartes de visite toutes différentes, dans un très bon état de conservation et classées :

1 090 cartes de petits métiers, de membres de groupes ethniques et religieux.

Sélection de cartes de visites, en défilé.

536 cartes de personnalités parmi lesquelles : le sultan (Abdülaziz), des princes et princesses, des hauts gradés (en couleur, arborant ses médailles, Ömer pacha), des grands vizirs (Fuad pacha), le khédive d’Égypte (Ismail), le banquier Abraham-Salomon de Camondo, Abd el-Kader, le prince de Galles, le photographe Kevork Abdullah, l’explorateur et photographe Audéric de Moustier et le géographe orientaliste Arminius Vambéry.

300 cartes format cabinet, auxquelles viennent s’ajouter de nombreuses cartes de visite et formats cabinet dans des albums.

RUBRIQUE 6

Plaques de verre

Ali Sami (Aközer)

Né à Rusçuk (Bulgarie), en 1866, diplômé de l’École militaire d’ingénieurs, Ali Sami y enseigne la photographie, ainsi qu’au palais de Yıldız. En 1898, il est chargé par le sultan Abdülhamid II d’accompagner l’empereur Guillaume II lors de sa visite dans l’Empire ottoman. La destitution d’Abdülhamid a entraîné l’exil d’Ali Sami à Trébizonde. Deux ans avant sa mort, lors de la loi sur le nom de famille, il a pris celui d’Aközer.

Le fonds rassemble 207 plaques consacrées aux grandes écoles militaires et d’ingénieurs, à la formation de photographes, aux visites officielles (de Guillaume II et du chah de Perse), mais aussi aux proches d’Ali Sami et à sa famille, à leur intérieur et à leur mode de vie (l’intimité familiale rarement représentée). `

Opérateur autorisé à photographier la Grande prière du vendredi (Selamlık) à la mosquée du palais de Yıldız.

Fillettes, livres en main, posant dans un studio improvisé.

Guillaume II en visite à la mosquée Al-Aqsa, Jérusalem, 1889.

Famille d’Ali Sami.

Ali Eniss (Oza)

Né à Salonique en 1872, membre de la communauté sabbatéenne (juifs convertis à l’islam), drogman au consulat d’Allemagne et photographe amateur, Ali Eniss a réalisé de nombreuses plaques de verre de sa ville natale, photographiant ses habitants, leurs différents quartiers, des événements (dont la révolution jeune turque et la visite du sultan Mehmed V Reşad). Proche des autorités jeunes turques et de la marine ottomane, il a quitté Salonique après novembre 1912 et s’est installé avec sa famille à Istanbul, dans le quartier de Şişli. Jusqu’à sa mort, en 1948, il n’a cessé de se consacrer à la photographie, sans en faire sa profession. En 1934, année de la loi sur le nom de famille, il a pris celui de Oza.

Le fonds rassemble 879 plaques de verre, 231 stéréos et des tirages (notamment d’arbres, sujet de prédilection du photographe) qui témoignent d’un incontestable talent artistique et d’un exceptionnel savoir-faire.

Portrait de sa femme et de leur fils dans les bras du père du photographe, 1900.

Enver Pacha (au centre), Cemal Pacha (à droite), Mustafa Kemal (à gauche), Alep, 1917

Rue pavée et maisons traditionnelles en bois, Istanbul, vers 1920.

Autochrome, Autoportrait, vers 1935.

Félix Sartiaux

Chargé par le gouvernement français de fouilles archéologiques sur le site de l’ancienne Phocée, en 1913-1914, Sartiaux photographie ses découvertes, des confrères et ses assistants, les populations locales, ainsi que des exactions commises à l’encontre des habitants chrétiens, en juin 1914.

Le fonds rassemble 1 108 stéréos, 170 plaques de verre, ainsi que les carnets manuscrits de Sartiaux.

Le professeur Maurice Lévy et des Phocéens – Enfants devant le résultat de fouilles – Nikolas Trypatsis devant la statue d’une divinité.

Nombreuses plaques de verre, surtout stéréoscopiques

En majorité des photographies inédites, réalisées par des voyageurs, souvent anonymes.

Touristes au Parthénon – Bateliers au port de Jaffa – Site d’Éphèse – Cimetière d’Eyüp

RUBRIQUE 7

Cartes postales

12 000 cartes postales, rangées dans des classeurs et classées par villes, régions ou thématiques.

Les cartes postales, encore peu étudiées, fourmillent d’informations à décrypter : régions et bourgades de provinces reculées pour lesquels il n’existe aucune autre image, mais aussi photographes peu connus, voire inconnus (arméniens et grecs en majorité, mais aussi missionnaires étrangers).

Dans les grandes villes, les cartes postales documentent quantité d’emplacements, d’événements et de scènes de la vie quotidienne non enregistrés par les studios photographiques locaux, ou délaissés par ces derniers. Un pan de leur production nous est connu grâce aux cartes postales, des éditeurs ayant utilisé et vendu des photographies d’ateliers qui les avaient jugées sans intérêt.

Tout un travail est à effectuer sur les éditeurs, y compris en Europe et en Amérique, sur le rôle de la diaspora (notamment des communautés chrétiennes).

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